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celtipharm.ma : Entretien avec Docteur Rhaouti-Laghdaf, président du CRPON
Posted by admin in DiversComparativement à la France, quels sont les points forts et les points faibles de la profession ?
On peut dégager les points forts : la profession pharmaceutique est dynamique, plus de 70 % des pharmaciens ont moins de 40 ans. C’est une profession relativement organisée, le Conseil de l’Ordre des pharmaciens date de 1976 et il n’est plus en cohérence avec l’évolution sur le plan socio-économique de la profession. En 1976, nous étions 250 pharmaciens avec deux conseils régionaux l’un au nord et l’autre au sud, aujourd’hui, nous sommes plus de 10 000.
Le point faible est que nous sommes en relation avec un environnement macro pour ne pas dire un environnement méso dans tout le pays. Le pouvoir d’achat étant limité, il y a une faible consommation de médicaments, 200 dirhams par an de dépense par Marocain. L’autre point faible de la profession est la limitation ou même l’absence de couverture sociale pour la majorité des Marocains. 30% d’entre eux ont une couverture sociale (mutuelle ou assurance maladie privée). Cela veut dire que 70% des Marocains ont des difficultés pour subvenir à leurs besoins de santé. Il y a donc un problème majeur dans l’accessibilité du médicament. Et autre point faible, en comparaison avec la France, il y a 30% des médicaments qui se vendent en dehors du circuit légal. C’est un problème majeur. Il y a même des épiciers et des souks dédiés à la vente de médicaments. On peut ajouter le taux d’analphabétisme, cela intervient dans la culture et l’intérêt porté à la santé en général.
Les échantillons sont-ils tolérés au Maroc et comment fonctionne le système de distribution ?
Oui, ils sont tolérés pour les OTC. Il est interdit de donner des échantillons de psychotropes, des stupéfiants, des médicaments tableau. Ils sont distribués par les délégués. Mais, il faut souligner qu’il y a quelques dérives. Certains délégués vendent les échantillons. Surtout pour les médicaments qui sont chers.
Qu’est ce qui vous passionne au quotidien dans le métier de pharmacien d’officine ?
C’est le rôle social, le rôle humanitaire, l’éducation sanitaire des citoyens sur le plan du bon usage des médicaments et le contact avec les gens. On prodigue des conseils à des centaines de personnes par jour. Un million de Marocains se dirige chaque jour vers les officines. Nous sommes des porteurs de messages. Le ministère de la Santé et les pouvoirs publics doivent donner plus d’importance aux pharmaciens, compte tenu du contact facile avec les gens. En un mois, on peut véhiculer des messages aux 30 millions de Marocains.
Quelles sont les trois valeurs qui vous paraissent importantes dans la vie d’un pharmacien ?
L’abnégation, la fibre humaniste et la disponibilité.
Comment voyez-vous l’avenir de la profession ?
L’avenir est conditionné, pour qu’il soit meilleur, par la vigilance, la conscience et la responsabilité des pharmaciens. Notre raison d’être, en tant que pharmacien, est d’être toujours au service des citoyens. Un autre facteur conditionne également cet avenir meilleur, c’est la conscience des pouvoirs publics, il faut les sensibiliser, les motiver pour qu’ils soient plus conscients de la nécessité d’intégrer le pharmacien et de l’impliquer davantage dans l’élaboration des politiques de santé et dans l’exécution, la mise en œuvre et l’évaluation de cette politique. Mais, malheureusement, au Maroc, contrairement à la France, le rôle du pharmacien est méconnu, 2% seulement des pharmaciens exercent dans le public, 98% des pharmaciens exercent dans le privé. Ce qui montre bien que le pharmacien est considéré ici comme quantité négligeable. Nous devons veiller, pharmaciens et pouvoirs publics, sur l’image des officinaux et valoriser son rôle. Nous ne pouvons espérer un développement du pays sans la santé et nous ne pouvons pas parler de la santé des Marocains, si on marginalise le pharmacien et la pharmacie. Donc le développement du pays est conditionné par l’importance dédiée à la santé, et la santé ne peut être concrétisée pour aboutir à se développement, si elle est déconnectée de la pharmacie.
Si vous aviez un message à faire passer au ministère de la Santé, quel serait-il ?
C’est d’impliquer d’avantage les pharmaciens dans les trois étapes de politique de santé, l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation. Le rôle du pharmacien ne se restreint pas au privé, à la pharmacie d’officine. Compte tenu des compétences du pharmacien, de ses responsabilités et de sa qualification, il est habilité à être présent dans tous les établissements pharmaceutiques. Nous devrions trouver des pharmaciens au sein de tous les hôpitaux, de tous les centres de santé, au niveau de la douane, de la justice, de la sûreté nationale etc. Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui.
Avez-vous un message à délivrer à vos confrères ?
Nous devons tous veiller à valoriser davantage la profession et à primer le social et l’humanitaire par rapport au commercial, tout en étant responsables, conscients et vigilants dans un cadre unifié. Nous ne pouvons aboutir à nos attentes si nous ne sommes pas unis. Il faut insister sur cette union et sur la responsabilité citoyenne.
Portrait Chinois :
Si vous étiez un végétal ?
- Une plante médicinale.
Un personnage célèbre ?
- Une personne qui va dédier sa vie pour l’humanité.
Un instrument de musique ?
- Un instrument qui produit de la musique douce.
Une couleur ?
- Le vert de la pharmacie.
Une saison ?
- Le printemps.
Une chanson?
- Une chanson de Samy YOUSSEF.
CELTIPHARM, le 29 juillet 2008